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Regards sur le monde

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La médiathèque des 4C conserve un fonds patrimonial de plus de 30 000 livres. Parmi eux se trouvent des manuscrits médiévaux, des incunables ainsi que des éditions du XVIe au XVIIIe siècle. Venez découvrir les trésors de la collection grâce à l’exposition temporaire située au deuxième étage.

Ce mois-ci nous vous proposons d’en apprendre davantage sur le regard des savants sur le Monde, de l’Antiquité au siècle des Lumières.

Le patrimoine de la médiathèque est aussi à découvrir sur le site http://4c-patrimoine.ecla-jura.fr/ et sur le blog http://4c-patrimoine.ecla-jura.fr/blog/t157

N'oubliez pas que la plupart du fonds patrimonial est consultable sur place et sur demande.

 

Regards sur le monde

Comprendre son environnement, de L’antiquité aux Lumières

                Comprendre le monde qui l’entoure, le décrire et le définir, tels sont des questionnements qui animent l’Homme depuis longtemps. Les peintures rupestres témoignent déjà d’une observation attentive de la faune durant la Préhistoire. Ce regard s’est transmis au fil du temps et nous avons hérité des textes de l’Antiquité qui ont pour objectifs de recenser tous les éléments de la faune et de la flore à travers une démarche encyclopédique. Les grecs étaient des témoins vigilants de leur environnement. Mais expliquer le monde à un instant t et en établir un rapport demande un grand effort de réflexion : Par où commencer ? Que faut-il décrire ? Doit-on classer les choses ? Dans quel  ordre les organiser ? Comment expliquer certains phénomènes ? Autant de questions auxquelles les savants se sont heurtés afin de mener à bien leurs travaux.

isidore

Le Moyen Âge avait bonne connaissance de certains ouvrages de la Grèce Antique, et les manuscrits circulaient d’une abbaye à l’autre pour être recopiés par les moines dans les scriptoria. La forte symbolique chrétienne et les croyances populaires influençaient la pensée de l’époque et l’Homme médiéval appréhendait son environnement par le biais de celles-ci. Quelques ouvrages témoignent de cette volonté d’expliquer le sens de toutes choses en se référant aux pratiques antiques de l’encyclopédie. C’est le cas des Etymologies d’Isidore de Séville (560-636), ouvrages en 20 tomes dans lequel l’auteur tente de définir tout ce qui l’entoure à partir de l’étymologie des mots. Parmi ces sujets : la cosmographie, la zoologie ou encore la minéralogie. La médiathèque conserve dans ses fonds une réédition du manuscrit, imprimée par Jean Barbier en 1509.

Ces écrits sont le reflet de l’enseignement médiéval axé sur les sciences du langage et les mathématiques. Il n’en demeure pas moins que l’ouvrage est l’œuvre d’un ecclésiastique, c’est pourquoi on trouve, entre autres, un chapitre consacré à Dieu, les Anges et les Saints qui témoigne de l’omniprésence de l’Eglise dans la doctrine du Moyen Âge.

 

histoirepline

L’Humanisme marque une période de renouveau dans la connaissance du monde grâce à l’invention de l’imprimerie qui permet une transmission et une diffusion des textes plus rapides et plus larges que celles du manuscrit médiéval. Les érudits  de l’époque redécouvrent les écrits de l’Antiquité et les voyages d’exploration maritime constituent un terrain fertile pour les imprimeurs. A l’image des académies antiques, les Humanistes valorisent l’éducation et l’enseignement pour lesquels le livre devient un vecteur principal de la transmission du savoir.  Il est commun de trouver des rééditions de textes antiques, étudiés et glosés par des érudits, en témoigne cet ouvrage de L’Histoire du Monde de Pline l’Ancien (23-79 apr. J.-C) imprimé par Senneton en 1562 et annoté par Antoine du Pinet.

L’avènement de la gravure sur bois (xylographie) permet d’intégrer des images reproductibles au cours de l’impression des ouvrages. Une véritable aubaine pour les auteurs qui tentent  de « faire du livre illustré du XVIe siècle le lieu d’une représentation complète du monde.» [1]. Cet intérêt pour la technique de la xylographie fut particulièrement bénéfique à l’édition scientifique qui connait une importante production à cette époque.

Après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb mais aussi l’exploration de l’Australie par les Hollandais, l’édition connait une augmentation des publications d’atlas maritimes et de cosmographies. Cela correspond à la multiplication des voyages commerciaux et des conquêtes de nouvelles terres ordonnées par les princes. Les cartographes s’emparent de la xylogravure afin de réaliser des livres de géographie imprimée qui s’inspire des portulans, anciennes cartes sur parchemins enluminés du XIIIe siècle.

cosmoCosmographiae Universalis de Sebastian Munster fut imprimé en 1544 et comporte 471 cartes xylographiées.  Du fait de son succès, l’ouvrage fut traduit et réédité à plusieurs reprises dont l’édition de Heinrich Petri de 1550 qui est présentée ici. Le grand nombre de cartes que contient ce codex témoigne de la dimension encyclopédique de l’ouvrage, pour lequel l‘auteur cherche à rendre compte d’un monde aux frontières nouvelles et aux territoires variés.  Il contient non seulement des cartes géographiques mais aussi des descriptions de la faune et de  la flore qui sont quelques fois saugrenues.

S’ensuit aux aventures vers de nouvelles terres,  la découverte d’une faune et d’une flore inconnues, qu’il faut étudier et décrire. Animaux, végétaux, mais aussi humains sont les sujets que certains explorateurs s’attèlent à analyser avec précision. Cette double page présente le cas de Léon l’Africain et de Giovanni Battista Ramusio relatant les « les Figures, Habits, Religion, & façon de faire des Habitans, & autres singularités cy devant incogneües » de  pays d’Afrique. Ici il s’agit d’une  présentation des  coutumes et  des manières de vivre des Africains qui demeurent dans le désert de Lybie. Il est sujet de cinq peuples qui vivent tous avec « la même façon de vivre, c’est-à-dire sans règle ni raison aucune » ayant « pour montures des chameaux » et pour vêtement un « drap de grosse laine avec lequel ils couvrent la moindre partie de leur personne ».ramusioforse

Le genre du récit de voyage est une pratique courante à la Renaissance, les descriptions des animaux, végétaux et civilisations qui peuplent les terres inconnues révèlent une certaine uniformité dans la façon d’appréhender les nouveaux mondes. Les figures de l’indigène et des bêtes merveilleuses sont récurrentes.

 

histoireplanteLa gravure sur bois ne sert pas seulement aux explorateurs, les scientifiques y voient eux aussi une opportunité d’illustrer leur propos. Le botaniste Leonhart Fuchs (1501-1566) médecin docteur en botanique, réalise en 1550 son traité sur L'histoire des plantes dans lequel il décrit les plantes et leur usage. Le texte est accompagné d’images qui permettent d’identifier les espèces. Malgré l’époque, les descriptions scientifiques souffrent de la persistance des légendes populaires ainsi que de l’influence des textes anciens. Les nombreuses références à Pline et à Siméon Seth trahissent le manque de moyens techniques donnant accès une conception moins empirique du savoir.

A la fin du XVIIe siècle le monde s’est considérablement enrichi de nouveautés et le siècle des Lumières marque un tournant dans le domaine des connaissances. Les grandes personnalités de ce temps tentent de s’affranchir du monopole de l’Eglise et les nouvelles technologies (le microscope par exemple) et encouragent l’émancipation des sciences. De ce fait, au début du XVIIIe, le livre religieux occupe une grande part de l’édition avant de chuter durant la seconde moitié du siècle.

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et l’Histoire Naturelle de Buffon sont les deux entreprises majeures de l’Histoire du livre aux siècles des Lumières car ils remettent en question les acquis de connaissances. Ces livres font partie des collections de la médiathèque.

buffonL’ouvrage de Buffon est, à l’origine, une commande du Roi Louis XV qui souhaitait valoriser son cabinet d’Histoire naturelle à travers un livre richement illustré. Sous l’égide du gouvernement, l’auteur entreprend la réalisation d’une œuvre bien plus monumentale que celle commandée. Buffon voit au-delà du cabinet royal et souhaite réaliser un travail qui témoigne de l’ensemble de la connaissance de son siècle et qui puisse dépeindre l’intégralité de la nature. De ce fait, il a fallu 50 ans à Buffon pour aboutir à une œuvre en 36 volumes composée de planches gravées sur cuivre et de descriptions au style contesté pour sa forme très littéraire. Les illustrations sont exécutées par Jacques de Sève, en gravure sur cuivre, technique qui permet la réalisation d’images plus détaillées qu’avec la xylographie. 

Bien que l’approche de L’encyclopédie de Diderot et d’Alembert soit différente de L’histoire Naturelle de Buffon, les ambitions des auteurs restent similaires : donner accès au lecteur à la connaissance du monde. Diderot offre une double lecture des choses, aussi matérielle que philosophique. Par le biais de cet ouvrage, l’auteur marque un véritable engagement idéologique et politique, représentatif de l’époque des lumières, qui s’exempte des principes de l’Eglise. Par exemple, la formule magique Abracadabra dont l’efficacité est remise en cause. La mise en page sur deux colonnes, la classification des domaines par ordre alphabétique, et l’étymologie du mot en tête d’article sont des dispositifs que l’on retrouve dans nos dictionnaires actuels.

 

                Malgré des mentalités et des croyances qui divergent, les auteurs de ces ouvrages  sont tous motivés par un seul et même but : établir des modes de classification et de représentation pour rendre compte au mieux des idéologies qui leurs sont contemporaines. Ces auteurs sont avant tout dans une quête de transmission et de diffusion du savoir en ayant le livre pour médium.

               

Pour aller plus loin, la médiathèque propose des ouvrages autour de l’Histoire du livre :

 

BARBIER Frédéric, Histoire du livre en Occident, Paris, Armand Colin, 2012.

BENEVENT Christine, CHARON Annie, DIU Isabelle VENE Magalie (dir.), Passeurs de textes : imprimeurs et libraires à l'âge de l'humanisme, Paris : Ecole des chartes, 2012.

FOUCHE Pascal, PECHOIN Daniel, SCHUWER Philippe (dir.), Dictionnaire encyclopédique du livre, Paris, Ed. du Cercle de la librairie, cop. 2002.

FULACHER Pascal, Six siècles d'art du livre : de l'incunable au livre d'artiste, Paris, Citadelles & Mazenod : Musée des lettres et manuscrits, 2012.

SARAZIN Jean-Yves, Nouveaux mondes, Paris, Bibliothèque de l'image : Bibliothèque nationale de France, 2012.

 

[1] FULACHER Pascal, Six siècles d'art du livre : de l'incunable au livre d'artiste, Paris, Citadelles & Mazenod : Musée des lettres et manuscrits, 2012, p. 78.

Mis à jour le vendredi 25 mai 2018

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